Une alliance, pas un service de l’officine
Au comptoir de la Pharmacie du Poulfanc, on parle souvent de l’après-ordonnance : le retour à la maison, l’hôpital, la personne seule dans sa chambre, le proche qui ne sait plus à qui s’adresser. L’ANAMS, Alliance Nationale des Associations en Milieu de Santé, n’est pas une antenne de pharmacie et n’a pas de permanence à Séné. C’est une association loi 1901, née en 2003, qui réunit d’autres associations. Son objet est simple à énoncer et exigeant à tenir : faire connaître, coordonner et défendre le bénévolat organisé auprès des personnes malades, handicapées ou dépendantes, à l’hôpital comme au domicile.
Le siège a longtemps été hébergé par la Fondation Claude Pompidou, 42 rue du Louvre, à Paris. Le courriel public est [email protected]. L’alliance se présente comme un espace de concertation, de réflexion et de proposition au service des personnes les plus vulnérables. Elle ne soigne pas. Elle ne délivre pas. Elle porte la voix d’associations qui, elles, accompagnent.
Ce que rassemble l’ANAMS
Les membres sont des personnes morales, pas des bénévoles isolés. Parmi les associations citées dès les premières présentations de l’alliance figurent JALMALV (Jusqu’à la mort accompagner la vie), Tournesol, l’École à l’hôpital, la Fondation Claude Pompidou, l’association de recherche sur la sclérose latérale amyotrophique et la VMEH, Visite des malades dans les établissements hospitaliers. La liste a évolué ; l’idée, non. Chaque structure garde son terrain. L’alliance sert à ce qu’elles ne parlent pas chacune dans son coin.
L’ANAMS décrit elle-même son rôle en cinq verbes : rassembler les associations de bénévoles en milieu de santé, impulser des innovations, proposer des actions en inter-associativité, nourrir la réflexion sur la prise en charge des patients, entreprendre des démarches auprès des instances. Ce n’est pas un annuaire de visites à domicile dans le Golfe du Morbihan. C’est un échelon national.
- Des associations, pas des particuliers livrés à eux-mêmes
- Un cadre commun, malgré des terrains très différents
- Un interlocuteur vis-à-vis des hôpitaux et des pouvoirs publics
- Pas de rôle de prescription, ni de délivrance
La charte de 1991
Le bénévolat à l’hôpital ne date pas de l’ANAMS. Une charte des associations de bénévoles à l’hôpital a été signée à Paris en 1991, puis diffusée par les pouvoirs publics. Elle fixe des repères éthiques : dignité de la personne, confidentialité, respect du secret, distinction claire entre le bénévole et le soignant, responsabilité de l’association qui envoie ses membres. L’alliance s’en réclame. Plus qu’un texte d’affichage, cette charte dit qui forme, qui suit, qui répond si quelque chose dérape.
C’est le point que l’officine peut utilement rappeler. Un visiteur qui se présente « de la part d’une association » devrait pouvoir nommer cette association, sa charte et la personne qui l’encadre. Un visiteur sans structure, sans formation et sans suivi n’offre pas la même garantie, ni au malade, ni à lui-même.
Pourquoi l’alliance a pesé dans le débat public
En 2020, lors de l’examen de la loi visant à améliorer le système de santé par la confiance et la simplification, un article ouvrait la porte à un bénévolat individuel en établissement, hors association. L’ANAMS a rejoint France Assos Santé pour demander la suppression de cette disposition. L’argument n’était pas de fermer la porte aux bonnes volontés. Il était de rappeler que la confiance se construit : formation, animation, soutien du bénévole, responsabilité de la structure, respect de la dignité et de la confidentialité pour la personne visitée.
L’alliance a estimé que le bénévolat individuel, sans ce socle, créait plus de complexité et de défiance que de simplification. Le débat a abouti à une réécriture. Que l’on partage ou non chaque mot de la position, le rôle de l’ANAMS apparaît clairement : porter, au nom de ses membres, une exigence de cadre.
De la chambre d’hôpital au domicile
Les rencontres de l’alliance ont aussi déplacé la question hors des murs. Avec l’âge, les maladies chroniques et les sorties d’hôpital plus précoces, l’accompagnement ne s’arrête plus à la porte du service. Des bénévoles formés à l’hôpital se demandent s’ils peuvent poursuivre auprès de la même personne chez elle. Des tables rondes ont réuni, aux côtés de l’ANAMS, des associations comme les Petits Frères des Pauvres, des représentants d’usagers et des formateurs.
Ce glissement concerne directement le pharmacien d’officine. Le patient qui quitte le centre hospitalier de Vannes ou une clinique du Morbihan revient souvent avec une ordonnance, un traitement nouveau et personne pour en parler le soir. L’association ne remplace pas l’infirmier, le médecin traitant ni le pharmacien. Elle peut, quand elle est structurée, rompre l’isolement. Encore faut-il savoir laquelle, et à quelles conditions.
Ce que l’on peut en dire au comptoir, à Séné
La Pharmacie du Poulfanc, 80 Route de Nantes, n’oriente pas vers l’ANAMS comme vers un service de garde. Elle peut expliquer la différence entre trois choses que les familles mêlent souvent.
- Le soin : médecin, infirmier, pharmacien, hôpital. Ordonnance, posologie, effets indésirables.
- L’aidant familial : conjoint, enfant, voisin. Huit millions de personnes en France accompagnent au quotidien un proche malade ou handicapé. Ce n’est pas du bénévolat associatif.
- Le bénévole d’association : visites, présence, écoute, parfois lien avec l’école à l’hôpital ou accompagnement de fin de vie. Il n’administre pas le traitement.
Si une famille cherche une présence bénévole, le bon réflexe est l’association locale ou le service social de l’établissement, pas une inscription nationale abstraite. L’ANAMS aide à comprendre le cadre national dans lequel ces associations se reconnaissent. Elle ne tient pas le planning des visites à Séné.
Limites à connaître
L’alliance n’est pas un ordre professionnel. Elle n’agréée pas les pharmacies. Elle ne publie pas d’avis sur les médicaments. Son site historique a été peu actif ces dernières années ; les textes publics les plus nets datent de sa présentation institutionnelle, de ses rencontres et de sa prise de position avec France Assos Santé. On s’en tient donc à ce qui est établi : une fédération de fait entre associations de bénévoles en milieu de santé, attachée à la charte de 1991, hostile au bénévolat sans structure, tournée vers l’hôpital et, de plus en plus, vers le domicile.
Pour un patient, cela ne change pas la conduite à tenir avec son traitement. Un bénévole, même formé, ne modifie pas une posologie. Une question sur un comprimé, un oubli, une interaction se pose à l’officine ou au médecin, pas à l’association de visite.
En pratique
L’ANAMS rappelle qu’accompagner un malade est un geste qui s’apprend et qui se supervise. À Séné, l’équipe de la pharmacie reste l’interlocuteur pour le médicament, l’ordonnance et le retour à la maison. Pour une présence bénévole, on nomme l’association, on vérifie qu’elle forme et qu’elle suit ses membres, et l’on ne confond pas cette présence avec un soin.
Pharmacie du Poulfanc, 80 Route de Nantes, 56860 Séné. 02 97 42 46 52. Du lundi au vendredi, 8 h 30 – 20 h ; le samedi, 9 h – 19 h 30.